Ceux qui ignorent le nom du Malien Idrissa Soumaoro connaissent sans doute l'une de ses compositions les plus célèbres : Ancien Combattant, réenregistré en 1984 avec succès par le trublion congolais Zao sans que Soumaoro touche un centime. Les présentations sont faites… Djitoumou est son second album en quarante ans de carrière ! Musicien complet, il a participé à toutes les aventures musicales du Mali post-indépendance, des Ambassadeurs du Motel à l’Institut des Jeunes Aveugles avec un certain Amadou Bagayoko (l’Amadou de Mariam).
Djitoumou balaie les influences de ce musicien méconnu en Europe, mais adulé au Mali, pour son engagement dans la transmission des musiques populaires. Il rend ici hommage à sa région natale située à une centaine de kilomètres au sud de Bamako, Djitoumou. C'est là-bas qu'enfant, il s’initia à la fascinante musique des chasseurs. Arc-boutée sur le dozo n’goni, un instrument au son mystique et profond, la puissance du son dozo reste un socle pour celle d’Idrissa Soumaoro.
" Aou Bè Di ", premier voyage envoûtant de l’album, ou le solaire" N’tériou ", qui convoque le temps perdu de la jeunesse, réaffirment son attachement à la tradition. Adolescent, Idrissa Soumaoro a appris l’harmonica et la guitare, et a commencé à arpenter les routes à la façon des chansonniers, avant de monter son premier orchestre : le Djitoumou Jazz. Quarante ans plus tard, ses blues poussiéreux, façon road music, se sont joliment densifiés. D’ailleurs Ali Farka Touré l’invite à Niafunké, au nord du pays, sur " Bèrèbèrè ", un morceau enregistré un an avant la mort du guitar hero du Mali, en 2005. Leurs guitares s’y entrecroisent sur fond de n’jarka, le violon traditionnel de Kipsi Bocoum, un proche d’Ali Farka. D’autres morceaux replongent dans le passé avec des mélodies inspirées des influences de l’époque sixties : soul, flamenco ou salsa. Le sublime " M’mansaou " commence même les yeux fermés, comme un slow langoureux sur la piste de danse d’un bal poussière de la région de Djitoumou, avant que les arrangements de cordes égyptiens, tellement à la mode, nous ramènent un peu brutalement en 2010.